Scud
Communiqué du Ministère des Affaires Populaires
Je ne crois plus au grand soir

Communiqué du MAP publié dans le magazine Fumigène n°6 (actuellement en kiosque).

Je me souviens d'un 29 mai 2005, je me souviens de ces grands leaders de la gauche anti-libérale unis sous la même bannière du « non à la constitution européenne ». Unis, une fois n'est pas coutume, pour la victoire. Une victoire enfin. Une victoire non plus dans la rue, mais dans les urnes. Car on a beau aimer le combat, la lutte finale, on aime aussi savoir que l'on ne se bat pas contre des moulins à vents. Que la victoire est possible, qu'il n'y a pas que des éternelles utopies, que des rêves sans lendemain.

Et peu importe finalement cette foutue constitution. Le rapport de force était en train de changer. 55% des français avaient voté contre ce projet mais aussi et surtout contre les partis dominants, contre les médias partisans, contre la pensée unique du système. Le peuple français avait montré qu'il n'était pas un troupeau de moutons en rang. La rébellion était en route et avec elle l'espoir d'autre chose, l'espoir d'une autre société, unitaire, égalitaire, solidaire... alter ! Trotskistes, cocos, alters et même quelques socialos encore un peu lucides s'étaient rassemblés et nous laissaient penser que dorénavant il faudrait compter avec ce front anti-libéral. Que le grand soir n'était plus très loin. Qu'en 2007, on aurait cet espoir de voir un candidat de cette gauche-gauche en mesure non plus de jouer les faire-valoir mais de gagner. Il y a des causes qui dépassent les égos, qui dépassent les logiques partisanes, qui dépassent les calculs d'appareils... Il y a des causes pour lesquelles on a envie de se battre, quand bien même on ne serait qu'un vil porteur d'eau. Et cette idée de société nouvelle devait être de celles là.

Enfin, je le pensais, on était certainement des millions à le penser. Mais que voit-on aujourd'hui... L'idée de ce front a volé en éclat : José qui s'en est allé, blasé; Olivier qui a pris la tangente sur son vélo de la Poste; les cocos qui veulent bien l'unité mais... seulement autour de leur championne Marie-Jo Buffet; Arlette qui, de toute façon, n'a jamais envisagé une seule seconde se joindre à un rassemblement unitaire; les socialos, en rang d'oignon derrière Ségolène Thatcher; les mouvements alters, qui ont comme l'impression de s'être fait « couillonnés » !

Hé bien, messieurs dames, malgré tous mes respects pour vos luttes passées... laissez moi vous dire que nous n'êtes pas à la hauteur, ni de l'enjeu de cette prochaine élection, ni de l'espoir que vous avez suscité en nous. De là où je suis, vos querelles ressemblent tellement à celles des grands partis du système... que j'en suis déprimé. Non, franchement, à vous voir agir ainsi, je ne crois plus au grand soir. En tout cas, pas de cette façon, et, excusez-moi de vous le dire si crûment, pas avec vous.

Il y a dans ce pays, je le pense, des millions de gens comme moi qui se sentent profondément de gauche anti-libérale et qui n'appartiennent, ni de près, ni de loin, à une quelconque organisation politique. Des gens, donc, qui partagent une utopie mais qui ne sont enchaînés par aucun parti. Et le risque, c'est qu'une grande partie de ces gens, lors des prochaines élections, blasés, ne votent ni pour l'un ni pour l'autre des candidats de gauche. A l'heure où Sarko engrange sur l'insécurité et l'immigration; à l'heure ou Ségo nous fait le coup du vote utile, façon « je vais vous endormir profondément et, quand vous vous réveillerez, vous ne ressentirez aucun mal »; à l'heure ou Le Pen grimpe dans les sondages... Que nous reste-t-il ? Le vote blanc ? Un dimanche à la pêche? Un exil en Suisse façon Johnny Hallyday ? Et donc, de toute façon, encore des années à attendre que peut-être un jour...

C'est dur à accepter, tout comme c'est dur de se quitter comme ça, sur un p... de constat d'échec lamentable, à plus de quatre mois des prochaines échéances électorales. Alors voilà, messieurs dames, vous qui avez porté cet espoir, si il ne restait qu'une infime petite chance pour que vous y alliez ensemble; si l'instant d'une bataille – et quelle bataille ! – vous pouviez, au nom de cet idéal commun, mettre de côté tout ce qui vous oppose, mettre de côté tout ce qui vous divise... et y aller, rassemblés, unis, sans arrière pensée, derrière celle ou celui qui, parmi vous, s'imposera naturellement... Dans ce cas, je vous le promets, on sera des millions, là, avec vous, derrière vous. Et on s'y remettra à y croire tous ensemble... au grand soir du 6 mai 2007. Et au-delà de ce jour, au-delà de cette bataille; quand bien même, peut-être, la victoire ne serait pas au rendez-vous, vous vous serez montrés capables d'opposer aux tenants du système actuel, une véritable alternative, solidaire et unitaire. Et cet espoir là sera déjà, en soi, une première victoire.